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Auto Visionen

En voiture Simone!


Materialien

Les présidents aiment la „bagnole“

Vos voitures sont bien laides et sentent bien mauvais“, aurait lâché Félix Faure en 1898 avant de quitter l'esplanade des Tuileries où il venait de visiter l'Exposition internationale de l'automobile, du cycle et des sports. L'histoire des rapports entre „le fiacre à moteur à essence de pétrole“ et la République aurait pu débuter de meilleure façon. Heureusement, dès l'année suivante Emile Loubet ne ponctue sa visite d'aucune phrase définitive. Il ne manquera aucun des salons suivants. Une tradition est née: le chef de l'Etat se doit d'être le grand témoin de l'innovation automobile, surtout lorsqu'elle est française.

Les présidents de la IIIe République qui suivent se font présenter avec solennité des véhicules toujours plus élaborés. Le monde politique commence à utiliser des automobiles et le regard devient moins distant sur les belles mécaniques. Armand Fallières découvre en 1907 la Ford T, première voiture produite à la chaîne. Après la Guerre, le premier jeudi d'octobre est plus que jamais consacré au rituel du Grand Palais. Les marques françaises, que l'on vient encourager, s'y distinguent. Paul Doumer paraît impressionné par la traction avant Citroën du salon 1934 et Albert Lebrun s'attarde devant la très baroque Panhard Dynamic de 1936. Une photo surprend Vincent Auriol, visiblement consterné, devant l'inédite 2 CV Citroën du salon 1948. Un fait rarissime survient en 1954: un président s'assied dans une voiture. René Coty souhaitait tester la suspension hydropneumatique de la Citroën 15 Six. Hélas, celle-ci n'est pas active à l'arrêt...

Avec la Ve République, la tournée présidentielle des stands prend une nouvelle dimension. Citroënniste convaincu mais modérément attiré par l'automobile, le general de Gaulle - qui, dit-on, se faisait préparer des fiches- s'amuse parfois à poser quelques „colles“ imprévues aux constructeurs. Georges Pompidou, qui affirme que „les Français aiment la bagnole“, sait de quoi il parle. Il n'en fait qu'à sa tête, snobe les stands sans intérêt mais s'attarde chez Porsche ou chez Matra. Il refusera obstinément que le salon soit organisé tous les deux ans, comme le réclament les industriels.

Valéry Giscard d'Estaing satisfait leur demande. Le nouveau président innove (en 1975, il demande à Sylvie Vartan de le guider dans les allées de la porte de Versailles) et n'est pas allergique à l'auto (on le voit souvent conduire ses Peugeot) mais il ne paraît guère apprécier la grand-messe d'octobre qu'il ne suit pas avec une totale assiduité. Dès 1981, François Mitterrand se fait un devoir d'inaugurer ce qui devient en 1988 le Mondial de l'automobile. Il manque celui de 1992 mais tient à se faire présenter la Renault Twingo dans la cour de l'Elysée. Empêché lui aussi, Jacques Chirac délègue Alain Juppé pour le lever de rideau de l'édition 1996 mais il se rendra sur place quelques jours plus tard. Le jeudi 1er octobre, il sera le seizième président à ouvrir une manifestation qui a toujours fait bon ménage avec les fastes républicains.

(Jean-Michel Normand, Supplément du Monde 1er octobre 1998 "Mondial de l'Automobile 98")


Questions / Devoirs

  1. Dessinez brièvement les rapports entre les innovations automobiles et la République Française!
  2. Jacques Chirac est le seizième président français qui s'est rendu à l'exposition mondiale de l'automobile (en 1996). Pourquoi est-ce que les présidents français y attachent une si grande importance ? Donnez votre avis!