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So sehen sich Nachbarn
Clichés et idées reçues
Materialien
«Nous sommes dans un no man's land intellectuel»
Pour Brigitte Sauzay, française et conseillère de
Gerhard Schröder, les relations entre Berlin et Paris traversent une
phase d'attentisme et de flou.
Brigitte Sauzay est conseillère
du chancelier Gerhard Schröder pour les relations franco-allemandes
et cofondatrice, avec l'historien Rudolf von Thadden, de l'Institut
franco-allemand de Genshagen, près de Berlin. Elle est l'invitée de
la semaine RFI-L'Express. (...)
Avez-vous le sentiment qu'il y a, du côté français,
une difficulté à accepter une Allemagne réunifiée, et donc normalisée?
En partie oui, parce que la réunification allemande a entraîné la réunification
de l'Europe. Sans réunification allemande, il n'y aurait pas de grande
Europe. Or la grande Europe remet complètement en question le fonctionnement
de l'Union européenne auquel nous étions habitués et la place de la
France dans cette Union. Il faut donc tout repenser. C'est vrai aussi
que l'Allemagne est en train de se repenser différemment. Or nous
avions pris l'habitude de ne pas réfléchir à l'Allemagne pour elle-même.
Les Allemands, de leur côté, dénoncent ce qu'ils
appellent l' «arrogance» des Français...
Je crois que, plus que
leur arrogance, les Allemands reprochent aux Français leur côté égocentrique.
C'est-à-dire l'habitude qu'ils ont prise, pendant des siècles, de
considérer qu'ils sont au centre du monde et que tout ce qu'ils font
va de soi.
Certains Français craignent de voir l'Allemagne imposer
à l'Europe son système fédéral. Comment les Allemands réagissent-ils
à cette inquiétude?
Lorsqu'on parle de fédéralisme, entre Français
et Allemands, il est difficile de se comprendre. Du point de vue allemand,
le fédéralisme est ce qui les a aidés à ramasser des morceaux épars;
du point de vue français, c'est un éclatement. Il nous faudra bien
pourtant poser un jour la question de l'avenir de l'Europe. Et, si
l'on veut une Europe politique, il faudra bien que celle-ci s'approche
ou s'inspire du système fédéral. Je crois que nous sommes actuellement
dans un no man's land intellectuel. Il nous faut réfléchir et prendre
date pour ouvrir ce débat.
Au-delà du champ politique, comment se traduit cette
différence de mentalité, entre Français et Allemands, dans le domaine
culturel?
Ce qui me frappe, c'est que les Français continuent à
être intéressés par une vieille Allemagne. Prenez Ingrid Caven, le
dernier Goncourt. Les Français semblent souvent ne percevoir l'Allemagne
que sur ce mode-là. Comme s'ils l'avaient un peu figée en 1945. Cela
dit, il y a parfois des échanges qui font plaisir. A la dernière Berlinale,
l'ours d'or a été remis au cinéaste français Patrice Chéreau, et peu
après, à Paris, l'Allemand Dominik Moll obtenait un césar. J'ai aimé
ce croisement.
Pourtant, il est rare que Français et Allemands
aiment les mêmes films.
C'est vrai. Très souvent, les films français
qui nous paraissent spirituels sont très difficiles à saisir pour
les Allemands, qui les trouvent bavards. Je pense au Goût des autres,
par exemple...
On dit souvent que les Allemands n'ont pas confiance
en eux. Est-ce qu'ils gagnent petit à petit cette confiance?
Il faut espérer qu'ils gagnent peu à peu cette sûreté en eux. Je souhaite
beaucoup que les choses aillent dans ce sens, et cela me semble être
le cas. J'ai un jour entendu quelqu'un donner une très bonne définition
des Allemands. Il disait qu'ils étaient tellement inquiets qu'ils
se garantissaient contre tout en se fabriquant une carapace, et qu'après
ils prenaient cette carapace pour leur peau. Il faut souhaiter qu'ils
n'éprouvent plus le besoin de se fabriquer une carapace et que leur
peau d'Allemands leur suffise.
Pierre Ganz, Dominique Lagarde - Quelle: L'Express du 22/03/01
Questions / Devoirs
- Résumez brièvement les idées principales du texte.
- Quelles différences entre Français et Allemands sont abordées dans le texte?
- a) Discutez la définition des Allemands donnée dans
le texte: «... ils étaient tellement inquiets qu'ils se garantissaient
contre tout en se fabriquant une carapace, et qu'après ils prenaient
cette carapace pour leur peau.»
b) Essayez de trouver une définition des Français en quelques mots.